Vous vous promenez sur la digue de Soulac-sur-Mer au coucher du soleil et, au large, un feu rouge clignote trois fois toutes les douze secondes. À quelques centaines de mètres, un autre émet deux éclats blancs rapides, suivis d'une pause. Que signifient-ils ? Sont-ils destinés aux plaisanciers, aux pilotes de la Gironde, aux capitaines de porte-conteneurs remontant vers Bordeaux ? Comprendre ce langage lumineux, c'est entrer dans la logique profonde d'un estuaire qui a façonné des siècles de commerce maritime.

Le premier principe à retenir est celui du balisage latéral. À l'entrée de la Gironde, comme dans tous les ports européens, la convention AISM (Association Internationale de Signalisation Maritime) impose une règle simple : quand vous remontez vers le port, le balisage rouge est à bâbord (votre gauche) et le balisage vert est à tribord (votre droite). Les phares qui marquent les limites du chenal principal utilisent ces couleurs, parfois combinées à des secteurs blancs — zones de passage sûr — et des secteurs rouges ou verts qui avertissent le navigateur qu'il dérive hors de la route.

« Le rythme d'un feu est tout aussi important que sa couleur. En apprenant à lire ces abréviations, le promeneur averti peut reconnaître, depuis la plage, chaque feu visible et lui associer un nom, une histoire, un rôle précis. »

Le rythme d'un feu est tout aussi important que sa couleur. Un feu à éclat unique répété toutes les quatre secondes se note Oc(1)4s sur les cartes marines. Un feu à deux éclats groupés toutes les dix secondes s'écrit Fl(2)10s. Ces codes figurent sur la carte SHOM 7426, qui couvre l'embouchure de la Gironde, et dans l'ouvrage de référence Instructions Nautiques C5. En apprenant à lire ces abréviations, le promeneur averti peut reconnaître, depuis la plage, chaque feu visible et lui associer un nom, une histoire, un rôle précis dans la sécurité de la navigation.

Les bouées cardinales forment une autre famille, distincte du balisage latéral. Elles indiquent non pas les limites d'un chenal, mais la position d'un danger par rapport aux points cardinaux. Une bouée cardinale nord porte deux cônes pointant vers le haut et un feu à éclats groupés rapides continus : elle signale qu'on doit passer au nord du danger qu'elle marque. Dans l'estuaire de la Gironde, on en rencontre notamment à l'aplomb des bancs de sable mobiles comme le Banc de la Mauvaise ou le Plateau de Cordouan.

Le phare de Cordouan, classé Monument Historique depuis 1862 et inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO en 2021, mérite une mention particulière. Construit à partir de 1584 sur un plateau rocheux à sept kilomètres au large de la pointe de Grave, il émet un feu blanc à trois éclats toutes les douze secondes, visible par temps clair à vingt-deux milles nautiques. Son optique à lentilles de Fresnel de premier ordre date de 1854 et reste en service : c'est l'une des dernières grandes optiques tournantes à mercure encore utilisées en France. Chaque éclat de Cordouan, la nuit, rappelle à quel point la technique et la beauté peuvent se fondre en un seul objet.

Pour aller plus loin, notre section propose chaque été une visite guidée thématique « Lire les feux depuis la plage », ouverte à tous et gratuite. Munis de jumelles et d'une carte marine simplifiée, les participants apprennent à identifier en temps réel les feux visibles depuis la pointe de Grave. La prochaine session aura lieu le 19 juillet ; inscriptions sur notre site. Aucun prérequis n'est nécessaire, seulement la curiosité.


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