L'estuaire de la Gironde est le plus grand d'Europe occidentale. Pour les marins qui l'ont fréquenté pendant des décennies, ses phares, ses tourelles, ses bouées lumineuses et ses feux de jalonnement constituaient un langage familier, presque affectif — un alphabet lumineux qui rythmait les nuits en mer et guidait les cargos comme les pinasses de pêche. Mais ce langage risque de se perdre. C'est pourquoi la section de Soulac-sur-Mer de la Sauvegarde du Patrimoine Maritime Girondin a lancé, il y a trois ans, un programme d'inventaire systématique de toutes les aides à la navigation recensées depuis la pointe de Grave jusqu'aux limites de l'estuaire.
Le travail commence toujours par les archives. Nos bénévoles consultent les collections du Service Hydrographique et Océanographique de la Marine, les registres de la subdivision des phares et balises de Bordeaux, ainsi que les carnets personnels que d'anciens gardiens de phare ou pilotes de la Gironde ont bien voulu nous confier. Chaque document est numérisé, indexé et versé à notre base de données partagée. À ce jour, nous avons répertorié plus de deux cents aides à la navigation, actives ou disparues, entre 1850 et aujourd'hui.
« Ces découvertes illustrent la valeur irremplaçable de la mémoire humaine dans tout travail d'inventaire patrimonial. »
Mais l'inventaire ne se limite pas aux papiers. Chaque fiche comprend également un volet photographique : état actuel de la structure (quand elle existe encore), photographies anciennes issues de collections privées ou institutionnelles, et, le cas échéant, relevé GPS de l'emplacement exact. Plusieurs de nos membres sont plongeurs ou pratiquent le kayak de mer ; ils ont ainsi pu documenter des structures immergées ou des socles de tourelles que l'érosion a fait basculer sous la ligne des eaux.
La méthodologie que nous avons mise au point est désormais partagée avec d'autres sections de la fédération. Nous avons établi une fiche-type en dix rubriques : désignation officielle, coordonnées géographiques, type d'aide (lumineuse, sonore, de jour), période d'activité, caractéristique lumineuse, portée nominale, structure porteuse, gestionnaire historique, sources documentaires et témoignages oraux associés. Cette rigueur garantit la cohérence de l'ensemble et facilitera, à terme, le versement de la base à des institutions patrimoniales pérennes.
L'inventaire a déjà permis de sauver de l'oubli plusieurs éléments remarquables. On citera notamment la lanterne démontée de l'ancienne tourelle des Olives, retrouvée dans une grange à Saint-Vivien-de-Médoc grâce au témoignage d'un ancien garde-côte, ou encore les journaux de quart du bateau-feu de Richard, dont les descendants du dernier commandant nous ont autorisés à numériser l'intégralité.
Si vous avez navigué sur la Gironde, gardé un phare ou travaillé pour le service des phares et balises, nous serions heureux de recueillir votre témoignage et d'examiner avec vous les documents que vous conservez peut-être. Contactez-nous par le formulaire de notre site ou venez nous rencontrer lors de nos permanences, le premier samedi de chaque mois à la Maison du Patrimoine de Soulac-sur-Mer. Chaque souvenir compte.